Au-delà du basketball : Vienna Vercesi de l’Université Brock sur les blessures et le sentiment d’identité
Par Tia Kelly
Après avoir subi plusieurs blessures graves à sa première saison, l’ailière de l’équipe de basketball féminin de l’Université Brock Vienna Vercesi a été forcée de mesurer le prix qu’elle devait payer sur les plans physique et mental pour pratiquer le sport qu’elle adorait.
Vercesi a fait ses débuts dans les SUO en janvier 2024, mais sa première saison a vite tourné au désastre. Elle a subi une série de blessures, soit une déchirure du ménisque qui a nécessité une intervention chirurgicale, des déchirures au LLE et au LCA ainsi qu’une fracture du nez. Après une année de rechutes et de récupération, elle est revenue au jeu vers la fin du mois d’octobre 2025. Néanmoins, au fil de toutes ces épreuves, Vercesi a constaté à quel point elle affichait de la résilience.
« Le fait de devoir m’éloigner du sport que j’aime et d’avoir dû regarder les choses d’un angle différent m’a vraiment appris à quel point je suis forte et dans quelle mesure je suis capable de m’adapter à toutes les situations », note Vercesi.
Entamer une période de récupération représente une étape difficile pour les athlètes parce qu'elle a une incidence sur leur sentiment d'identité et leur routine. Pour Vercesi, ce processus a été exigeant mentalement, alors qu’elle s’est notamment sentie dépassée pendant un certain temps. Par ailleurs, il lui a fallu un bon moment avant de faire confiance à son corps à son retour au jeu et la crainte de se blesser à nouveau est longtemps restée présente.
« L’aspect le plus difficile, c’était de recommencer à croire que mon genou allait tenir et ne pas céder, surtout quand je faisais le mouvement qui a mené à ma déchirure du LCA », indique Vercesi.
« Ç’a affecté la façon dont j’ai abordé mon retour au jeu parce qu’au début, j’évitais de faire le pas européen, d’ancrer solidement mon pied gauche ou de changer brusquement de direction, jusqu’à ce que je m’habitue à ce mouvement ».
Elle a pu profiter de l’appui de ses parents pendant sa convalescence, qui l’ont motivée dans les journées difficiles et l’ont aidée à compléter ses exercices de réadaptation et de force musculaire même quand elle n’en avait pas le goût. Vercesi dit qu’avec le soutien de son entourage, notamment ses coéquipières, elle a réussi à changer sa vision des choses et à comprendre que ses blessures ne la définissaient pas en tant que personne et ne limitaient surtout pas sa capacité à revenir au jeu.
« Je me suis beaucoup fiée à mes coéquipières, qui m’ont amenée à rendre des comptes pour que je continue de respecter mon programme de réadaptation et qui ont répondu présentes même quand je n’étais pas à 100 pour cent mentalement, fait savoir Vercesi. Je me suis appuyée sur l’esprit de communauté qu’il y avait dans l’équipe ».
Le basketball a toujours occupé une place importante dans la vie de Vercesi. Dès son plus jeune âge, c’est devenu bien plus qu’un sport. Elle a grandi dans cette ambiance et c’est aussi quelque chose qui est intimement lié à sa relation avec ses proches.
« Mon père m’a fait découvrir le basketball ; il a construit un terrain dans notre cour arrière quand nous étions plus jeunes », raconte Vercesi.
« J’ai commencé à jouer au ballon et je n’ai jamais arrêté depuis. Je suis tombée en amour avec l’aspect collectif du jeu. J’adorais le fait que c’était une activité qui réunissait toute la famille ; nous avions l’habitude de jouer tous ensemble dans la cour ».
Alors que le basketball féminin continue d’être en pleine croissance, surtout au Canada avec l’arrivée du Tempo de Toronto dans la WNBA, les occasions de cheminer dans ce sport sont plus manifestes. Selon Vercesi, ce progrès est le juste reflet de l’évolution qu’a connu un sport qu’elle a adoré toute sa vie et il cultive l’espoir chez les générations futures qui envisageront d’évoluer au plus haut niveau.
« La plus jeune version de moi serait aux anges », assure Vercesi.
« Quand j’étais plus jeune, la notion de jouer au basketball professionnel n’existait pas vraiment du côté des femmes. La présence d’une équipe dans une ville qui se trouve à seulement deux heures de chez elle rendrait la plus jeune Vienna très heureuse parce qu’il y aurait enfin quelque chose à laquelle elle pourrait s’identifier ».
Son rapport de longue date avec le basketball a aussi joué un rôle important comme outil de motivation pendant sa récupération puisque c’est ce qui l’a amenée à persévérer malgré les défis qu’elles devaient relever.
En réfléchissant au fait que j’avais pratiqué ce sport toute ma vie… Je voulais le faire pour moi, affirme Vercesi. Je voulais me prouver à moi-même que même si j’avais subi des opérations traumatisantes au genou, je pouvais passer au travers ».
Le difficile parcours sportif de Vercesi l’a confrontée à la réalité d’être une étudiante-athlète, un statut où le sentiment d’identité est souvent rattaché au sport. Quand ce sport est enlevé de l’équation en raison d’une blessure, le choc qu’on subit est non seulement physique, il peut aussi être ressenti mentalement et émotivement. Pour bien des athlètes, surtout au niveau universitaire, apprendre à gérer les contretemps tout en conservant une certaine assurance sur le plan de l’identité peut représenter l’un des aspects les plus difficiles à apprivoiser quand on vit ce genre d’expérience.
« J’ai effectivement eu l’impression qu’on m’arrachait mon identité d’athlète, avoue Vercesi. Ç’a été vraiment difficile de rester sur les lignes de côté et de regarder les entraînements et les matchs. En même temps, j’ai appris à aimer faire les exercices de remise en forme et à passer du temps en salle de musculation ».
Grâce à sa persévérance, Vercesi est maintenant un exemple à suivre quand on parle de l’importance de la résilience et quand on veut illustrer le fait que surmonter l’adversité ne se résume pas seulement à revenir au jeu, ça peut aussi être un outil pour grandir en tant que personne.
« Je pense que la réussite, c’est une question de se présenter, même si on se présente à 60 pour cent, à 90 pour cent ou même à 10 pour cent, et de donner tout ce qu’il te reste dans le réservoir », conclut Vercesi.
