De U SPORTS aux rangs professionnels : Tyson Philpot aide à ouvrir la voie pour les receveurs canadiens dans la LCF
Quand Tyson Philpot a réussi un attrapé qui a donné la victoire aux siens dans le match de la Coupe Grey en 2022, c’était là un moment qui semblait irréel – non seulement venait-il de réaliser son rêve, mais aussi celui de sa famille du football. Pour le receveur des Alouettes de Montréal, ce n’est pas seulement le résultat de la rencontre qui rendait le tout magique, c’est aussi parce que c’était l’aboutissement d’un parcours qui avait commencé sur la côte ouest en jouant au football dans sa cour au cours d’une enfance façonnée par la passion, la patience et la persévérance.
« Je rêvais de jouer dans la LCF », rappelle Philpot.
« Ç’a toujours été mon souhait le plus profond, pas juste la NFL. J’ai grandi avec un ballon de football de la LCF dans les mains ».
L’ancien joueur étoile des Dinos de Calgary en sera cette année à sa quatrième saison dans la Ligue canadienne de football (LCF), mais son ascension a commencé bien avant son arrivée dans les rangs professionnels, quand son frère jumeau Jalen et lui ont commencé à jouer au football à l’âge de six ans seulement.
« Le football, c’était 24 heures sur 24, sept jours sur sept », dit-il.
« Nous n’étions pas les meilleurs des joueurs, mais nous adorions nous retrouver sur le terrain ».
Le plaisir s’est transformé en potentiel pendant ses années à l’école secondaire en Colombie-Britannique, quand Philpot s’est mis à la recherche de débouchés au niveau postsecondaire.
« Je suis allé visiter les universités de Carleton, de la Saskatchewan, de Calgary, de Regina et de l’UBC », raconte-t-il.
« C’est celle de Calgary qui a été la première à me faire une offre, c’est la première que j’ai visitée. Ça me semblait être le débouché le plus clair vers les pros et c’est ce que je cherchais. Ils plaçaient des joueurs dans les rangs professionnels chaque année et je savais que si j’empruntais ce parcours-là, je pouvais être parmi les prochains ».
Bien que Jalen et lui aient essayé de choisir leur université chacun de leur côté, ils ont tous deux abouti à Calgary dans un programme qui a eu une incidence durable.
« C’était la même ambiance qu’on retrouve le vendredi soir dans les petites villes des États-Unis avec les matchs de football d’école secondaire, comme on le voit dans Friday Night Lights », affirme Philpot.
« Les anciens nous écrivaient par messagerie dès notre arrivée. Les gens tenaient à nous. C’était comme une famille et ils voulaient nous voir réussir ».
Les Dinos l’ont aussi aidé à stimuler son intérêt pour les études. D’abord un étudiant libre, il a migré vers la géographie, un sujet qui a éveillé sa curiosité parce qu’il était orienté vers la tectonique des plaques et l’environnement.
Philpot reconnaît toutefois que le passage à l’université ne s’est pas toujours fait sans heurts.
« À ma première année, j’ai eu de la difficulté à trouver le bon équilibre », dit-il.
« Le fait d’être un étudiant à l’université, que je voulais avoir du plaisir, mais en réalisant aussi pourquoi j’étais là... J’ai eu besoin de temps pour trouver le bon dosage ».
Cette courbe d’apprentissage a fini par faire de Philpot un athlète assidu et concentré, qui était prêt au moment où la LCF a fait appel à lui.
Philpot a été sélectionné au premier tour du Repêchage de la LCF de 2022 par les Alouettes de Montréal. Son frère jumeau et lui ont chacun décroché un poste dans la LCF et ils ont ainsi suivi les traces de leur père Cory Philpot, qui a joué au poste de demi à l’attaque dans la ligue à la fin des années 1990.
Même s’il a été réclamé tôt et qu’il a connu une brillante carrière universitaire, son premier camp d’entraînement chez les professionnels a représenté un défi important, dit-il.
« Je me souviens d’avoir appelé mon ancien entraîneur Jabari Arthur et de lui avoir dit, ‘Coach, je ne pense pas que je vais y arriver’. J’avais l’impression de ne pas être à ma place », raconte Philpot.
« Il m’a raisonné et m’a dit de juste jouer comme j’en suis capable, à ma façon. Ç’a tout changé ».
Philpot a entrepris sa carrière dans la LCF au sein des unités spéciales avant d’avoir droit à du temps de jeu à l’attaque. À sa deuxième année, il avait déjà une bague de la Coupe Grey à la main et connu un moment marquant qui lui a permis d’inscrire son nom dans les annales du football canadien.
« Réussir cet attrapé-là à la Coupe Grey, je trouve encore que c’est un peu fou quand j’y pense aujourd’hui », lance-t-il.
« Il n’y a pas beaucoup de duos père-fils qui peuvent dire qu’ils ont tous deux remporté la Coupe Grey. D’avoir ça en commun avec mon père, c’est formidable ».
En 2024, le parcours de Philpot a rencontré un écueil inattendu quand une blessure subie à l’occasion d’un simple jeu a mis fin à sa saison – un dur coup qui l’a amené à découvrir à quel point l’aspect mental de la récupération était important.
« Au début, tu ne réalises même pas à quel point c’est grave », affirme-t-il.
« C’est comme un coup de poing au ventre. »
Il s’est appuyé sur son système de soutien, dont faisait notamment partie son frère, qui avait récupéré d’une blessure similaire. Il a passé du temps loin des terrains de football pour se concentrer sur son mieux-être mental.
« Chaque jour, je formule quelle est mon intention, ce que je veux accomplir », indique-t-il.
« Je me rappelle sans cesse que si je me trouve dans la position que j‘occupe à l’heure actuelle, c’est parce que j’ai travaillé fort pour y arriver ».
À l’extérieur du terrain, Philpot a fait place à la créativité et au calme. Il passe du temps à cuisiner, écouter de la musique et même à assembler des LEGO pour se détendre et renouer avec son enfance.
« J’adore les LEGO », assure-t-il.
« Ça me permet de travailler sur ma patience et ça stimule le cerveau d’une autre façon. Parfois, c’est raté et tu dois recommencer, mais c’est la vie ».
En tant qu’ancien de U SPORTS, Philpot aime bien faire sa part pour défaire les vieux stéréotypes, notamment en ce qui concerne les receveurs canadiens.
« Il y a déjà eu des préjugés à leur sujet, notamment qu’on avait l’habitude de les cacher sur le terrain en les faisant jouer large », note-t-il.
« Maintenant, nous montrons que nous pouvons réaliser des jeux. Pas besoin d’aller jouer en Alabama. Pas besoin d’aller dans la NCAA. Tu dois tout simplement aller sur le terrain et travailler ».
