De la petite ville à l’échelle mondiale : Le parcours de la joueuse de rugby de Concordia Mahalia Robinson
Mahalia Robinson n’a jamais eu comme objectif de devenir une des vedettes montantes du rugby canadien. Elle aimait juste jouer.
Robinson a grandi en Estrie et elle était alors ce genre de jeune fille sportive qui ne craignait pas les contacts. Elle et les autres membres de sa famille ont passé leur enfance à jouer au soccer et au football dans leur cour.
« J’ai toujours été une fille qui aimait les sports de contacts, a-t-elle souligné. Le passage au rugby n’a pas été difficile pour moi. Je pouvais courir à plein régime et plaquer les autres, et c’était légal… Je pouvais évacuer ma colère de cette façon-là. Je pouvais évacuer mon anxiété de cette façon-là ».
Elle en rit maintenant, se qualifiant de « bouffon » qui aime blaguer et détendre l’atmosphère. Ce goût pour le jeu, qui a pris forme très tôt à l’école secondaire Massey-Vanier, est devenu le fondement de sa carrière au rugby. Elle a rejoint les rangs de l’équipe de l’école, suivant les traces de sa sœur dans ce sport, et elle n’a plus jamais regardé derrière par la suite.
Robinson n’était pas certaine de vouloir étudier au-delà du cégep, ne sachant pas trop dans quelle domaine elle voulait faire carrière après avoir obtenu son diplôme. Toutefois, l’Université Concordia, là où il y a un programme qu’elle considérait comme une puissance, l’a contactée. L’entraîneure-chef Jocelyn Barrieau a communiqué avec elle au moment où elle achevait ses études au cégep. Robinson a tout de suite dit oui.
« Je connaissais l’histoire et l’héritage de ce programme. J’ai vite sauté sur l’occasion », a-t-elle déclaré.
Elle a passé quatre ans à jongler les études et le sport, obtenant son diplôme en 2024.
L’année suivante, Robinson a commencé à voyager avec Équipe Canada. Elle a eu l’appel presque tout de suite après la fin de ses études. Les invitations à participer à une compétition, puis à une autre, se sont succédé. Elle a participé à la série Pacific Four, au tournoi WXV à Vancouver, puis elle a de nouveau disputé le Pacific Four. Elle a aussi rejoint les rangs du programme de rugby à sept. En un an, Robinson a voyagé dans neuf pays, séjournant notamment trois fois en Australie.
« Comment j’ai fait pour me retrouver à Dubaï? Je viens d’une petite ville. Ça n’a aucun sens », a-t-elle lancé à la blague.
Toutefois le moment qui l’a transformée à jamais, elle l’a vécue en Nouvelle-Zélande.
Le Canada n’avait jamais vaincu les Black Ferns. L’équipe a fait le déplacement de Los Angeles à Sydney puis à Christchurch et a disputé trois matchs dans trois fuseaux horaires différents, dans trois stades où la tension était à son comble. Les Canadiennes ont battu les Américaines. Elles ont eu le dessus sur les Australiennes. Elles ont ensuite affronté la plus légendaire des nations de rugby, chez elle, devant des partisans qui reconnaissaient même les joueuses de l’équipe du Canada dans la rue.
« Nous étions confiantes. Nous étions détendues, a dit Robinson. La Nouvelle-Zélande, c’est juste une équipe qui porte des maillots noirs ».
Le Canada a écrit une page d’histoire et Robinson était là.
« Gagner en Nouvelle-Zélande… Je ne trouve pas les mots pour le décrire. Le fait de remporter le trophée pour la première fois et battre la Nouvelle-Zélande pour la première fois dans l’histoire du rugby canadien et faire partie de l’histoire, c’est quelque chose que j’ai encore de la difficulté à concevoir. »
Elle grelottait à cause du froid, mais aussi de l’adrénaline. Les partisans ont envahi le terrain. Elle a posé la main sur le trophée du Pacific Four. Elle se trouvait sur un terrain avec des joueuses qu’elle avait idolâtrées pendant des années. Depuis, la Nouvelle-Zélande n’a pas réussi à vaincre le Canada.
« Ç’a été le tremplin qui a lancé le rugby canadien et l’a amené au niveau où il se trouve maintenant. Et je l’ai vécu ».
Robinson est retournée chez les Stingers avec un regard neuf, sans numéro de chandail au sein du groupe de leadership, mais en affichant tout de même du leadership. Elle a offert un encadrement empreint de calme, elle a motivé les joueuses qui avaient besoin de motivation, elle a soutenu celles qui avaient besoin de soutien.
« J’essaie juste d’aider l’équipe comme je le peux en termes d’intelligence au jeu et d’aptitudes que j’ai apprises au plus haut niveau », a-t-elle indiqué.
Ce qu’elle a vu cet automne l’a surpris, non pas en raison de l’intensité, mais de la qualité affichée par les joueuses.
« C’est la meilleure équipe à Concordia que j’ai vue depuis que j’en fais partie », a affirmé Robinson.
Elle dit vouloir chercher à prendre du plaisir, sans se perdre dans la pression de devoir livrer de bonnes performances.
« En fin de compte, c’est juste un jeu, a-t-elle noté. Mon but, c’est d’éprouver du plaisir et quand même performer. Je veux continuer d’être sur le radar de Rugby Canada, mais le plus important pour moi en ce moment, c’est d’aimer ce que je fais ».
Elle a un message à l’intention de la prochaine joueuse qui rêvera de suivre ses traces :
« Attelle-toi à la tâche et travaille. Les choses se méritent, on ne te les donne pas. Que ça prenne deux ans ou 10 ans, sois patiente et savoure tout ce qui passe en cours de route ».
