Chioma Duru prend son envol au rugby avec les Varsity Blues
Un an après avoir participé à sa dernière compétition à l’école secondaire, Chioma Duru était convaincue qu’elle ne jouerait jamais plus au rugby. Cependant, un plaqué qu’elle a ensuite réalisé à son premier match avec l’Université de Toronto est venu et tout a changer.
« Le simple fait de réussir ce premier plaqué a vraiment donné le ton, ça m’a mise dans de bonnes dispositions pour le reste de la saison, a-t-elle indiqué. J’ai senti que j’étais capable d’être là. Que je méritais d’être là ».
Ce moment précis a permis à l’étudiante de deuxième année en sciences de la vie de boucler la boucle, elle qui avait vu son parcours l’ayant menée chez les Varsity Blues commencer plus d’une décennie plus tôt, à des milliers de kilomètres de là.
Duru est née en Irlande, où les filles n’avaient que très peu de possibilités de jouer au rugby, a-t-elle noté.
« C’est seulement dans un club que les filles pouvaient jouer au rugby, raconte-t-elle. Ce n’était jamais offert en milieu scolaire, alors quand je suis arrivée au Canada, j’ai senti que c’était une occasion que je ne devais pas laisser passer, que je devais la saisir immédiatement ».
Sa famille s’est installée en Colombie-Britannique quand elle avait 11 ans. Ce déménagement lui a permis de découvrir un tout nouvel univers sportif. Encouragée à le faire par ses deux frères qui jouaient au rugby et par une enseignante convaincante qui était aussi la conjointe de l’entraîneur, Duru a commencé à pratiquer ce sport en sixième année.
« Avant, je détestais tout ce qui était le moindrement physique, affirme-t-elle. Même le basketball, je trouvais que c’était trop. Mes frères n’arrêtaient pas de me dire, ‘Tu devrais jouer au rugby’ et quand j’ai fini par le faire, j’ai vraiment eu beaucoup de plaisir ».
À l’école intermédiaire puis à l’école secondaire, elle y a pris goût de plus en plus. En 10eannée, elle a commencé à prendre le rugby au sérieux, se joignant aux programmes provinciaux de rugby à sept et à 15 alors que ce sport était en plein essor chez les filles en Colombie-Britannique.
Malgré tout, Duru pensait que c’était fini pour elle quand elle a terminé ses études secondaires.
« J’ai dit à tout le monde, ‘Vous n’allez plus jamais me revoir’ », rappelle-t-elle.
« L’école secondaire, c’était le point final pour moi ».
Toutefois, elle a retrouvé le goût pendant sa première année à l’Université de Toronto. L’esprit de camaraderie et de compétition, ainsi que la montée d’adrénaline qui accompagne chaque contact physique, lui manquaient.
« Je voyais mes amies afficher des messages sur le rugby en Colombie-Britannique et toutes sortes de souvenirs me revenaient, dit-elle. Ce qui fait que la deuxième année, j’ai décidé de participer aux essais et je suis contente de l’avoir fait ».
Ce retour au jeu ne s’est pas fait sans nervosité. Après quelques années d’absence, Duru ne savait plus trop si elle serait en mesure de tenir le rythme dans les rangs universitaires.
« C’était vraiment angoissant, assure-t-elle. J’étais tout à coup dans la cour des grandes. Après le premier match, j’avais retrouvé ma confiance. J’ai réalisé que je pouvais affronter n’importe qui ».
Cette confiance lui est revenue, en partie, grâce aux liens étroits qu’il y a entre les joueuses des Blues. Même si elle était plus petite que plusieurs de ses adversaires, Duru a pu s’intégrer rapidement en raison de la chimie qu’il y avait déjà au sein du groupe.
« Tout le monde connaît bien tout le monde, assure-t-elle. Je peux texter n’importe qui pour lui demander, ‘Je suis sur le campus, veux-tu étudier avec moi ?’ ou ‘Je peux aller te voir ?’ Tous les thérapeutes sportifs étaient à notre souper de l’Action de grâce. C’est comme une famille ».
Le passage du rugby à sept au rugby à 15 a aussi transformé sa façon de voir les choses.
« Au rugby à sept, tu as tendance à devoir faire pas mal de choses par toi-même, a-t-elle noté. Dans la version à 15, tu dois te fier davantage à tes coéquipières. Tu n’as pas besoin de faire le plus gros des plaqués ou la plus rapide des courses, c’est en faisant bien les petites choses pour ton équipe que tu peux avoir du succès ».
Jongler les responsabilités qui viennent avec une lourde charge de travail en sciences de la vie et celles de joueuse de rugby, avec ses entraînements quotidiens et les matchs du weekend, ont représenté son plus grand défi.
« Après l’entraînement, je revenais chez moi et je m’étendais sur le plancher parce que je transpirais trop pour me coucher sur mon lit, et je faisais une sieste, a-t-elle raconté en riant. Ensuite, il fallait que je fasse un gros effort pour me relever en me disant, ‘Tu as un examen important qui s’en vient !’ et aller étudier ».
Son niveau de motivation est souvent nourri par les autres membres de sa famille. Elle vit avec sa sœur, qui a aussi étudié à l’Université de Toronto, tandis que ses frères lui offrent leurs conseils et leurs commentaires après chaque match.
« Ils regardent mes matchs et me donnent de la rétroaction tout de suite après, a-t-elle affirmé. C’est quelque chose qui nous a toujours permis de tisser des liens ».
Il y a aussi ses parents qui l’incitent à garder les pieds sur terre.
« Ils m’appellent et me demandent, ‘Comment vont les études ? Il faut que tu te concentres aussi sur tes études’, et ça me donne un nouvel élan », a-t-elle fait savoir.
Duru estime par ailleurs qu’un fort sentiment de communauté lui permet de continuer à s’épanouir, que ce soit au sein de sa famille du rugby, avec ses compagnons et compagnes de classe ou encore avec ses voisins. Cette façon de voir les choses remonte à son enfance en Irlande.
« Où je vivais, c’était une toute petite communauté, dit-elle.
« Tout le monde connaissait tout le monde. À Toronto, la ville est énorme, alors j’essaie de bâtir mes propres petites communautés, avec des gens à qui je peux me fier. Ça fait en sorte de rendre la vie beaucoup plus plaisante ».
Les objectifs que se donne Duru en vue des prochaines années ne sont pas compliqués : continuer à jouer, continuer d’apprendre et continuer d’évoluer. Elle espère poursuivre des études de deuxième cycle, peut-être en soins infirmiers ou en médecine, et continuer à porter l’uniforme bleu et le blanc le plus longtemps possible.
« Le fait d’avoir recommencé à jouer au rugby m’a permis d’évacuer pas mal de stress dans ma vie, a-t-elle déclaré. Ça m’a rappelé à quel point je ressens alors un sentiment de libération. Je regrette de ne pas avoir joué l’an dernier, alors c’est sûr que je vais continuer et persévérer ».
