L’ancienne joueuse de volleyball de TMU Adyson Wilson sur le leadership et le développement de la prochaine génération d’athlètes autochtones
Par Maya Zaid
Adyson Wilson est en voie de réécrire ce que ça signifie de diriger et de prendre sa place en tant que femme autochtone dans le sport et au-delà. L’ancienne joueuse de volleyball de l’Université métropolitaine de Toronto (TMU) exerce actuellement une influence sur le terrain au Keyano College, à titre de chef de file de la prochaine génération d’étudiantes-athlètes et comme entraîneure d’équipes régionales autochtones.
« Ce que je veux faire avant tout, c’est de guider mes plus jeunes semblables et des athlètes », a déclaré Wilson.
Wilson est une femme Anishinaabe qui a grandi à Fort Frances, une localité du Traité 3 située dans le nord-ouest de l’Ontario, où sa mère lui a fait connaître le volleyball. Cependant, Wilson a seulement commencé à faire de la compétition à l’école secondaire, ce qui l’a amenée à déménager plus au sud de la province.
« J’avais le sentiment que la ville où je vivais ne me suffisait plus, il n’y avait pas les ressources pour que je puisse m’épanouir, a-t-elle indiqué. En neuvième année, j’ai été retenue dans l’équipe de l’école secondaire. Il n’y avait pas d’équipe de club là où je vivais, parce que la ville était trop petite ».
À l’âge de 16 ans, Wilson a été invitée à effectuer un essai au sein du programme de volleyball de plage provincial ontarien à Toronto et elle a été sélectionnée dans l’équipe.
« J’ai eu une discussion avec ma mère et elle a dit, ‘Je vais t’aider à le faire, je vais tout faire pour m’assurer que tu réussisses si c’est vraiment ce que tu veux faire’ », a raconté Wilson.
La mère de Wilson, Amy, a été entraîneure au volleyball à l’école primaire et entraîneure-chef de l’équipe des moins de 18 ans (18U) des Titans du Traité 3, en plus d’avoir été entraîneure-chef de l’équipe provinciale féminine autochtone de l’Ontario en vue des Jeux autochtones de l’Amérique du Nord de 2017 et 2022. Elle a mené l’équipe nationale junior féminine du Canada vers la conquête de la médaille de bronze au Championnat continental de la NORCECA 2023 et elle l’a aidée à se qualifier pour le Championnat du monde de la FIVB 2024 au Pérou.
Wilson affirme que sa mère lui a enseigné tout ce qu’il faut savoir pour être entraîneure dans ce sport, ainsi que pour tisser des liens avec les autres athlètes et être mesure d’offrir du soutien.
« Son regard sur la vie et le sport est extraordinaire et j’apprends quelque chose chaque fois que je passe du temps avec elle », a-t-elle affirmé.
Elle dit avoir récemment eu un échange mémorable avec une autre jeune femme autochtone qui avait des troubles de santé mentale.
« Elle pensait qu’elle ne pourrait jamais pratiquer un sport ou bien aller au collège ou à l’université en raison de l’endroit où elle vivait, a fait savoir Wilson. Je lui ai dit non, ce sont les colonisateurs qui veulent que tu penses comme ça et que tu te contentes de la situation dans laquelle tu te trouves ».
Inspirée, la jeune femme s’est inscrite au Cambridge College et elle a été acceptée.
« Ça vient renforcer ma conviction que je fais quelque chose de bien et que j’ai un effet positif sur les gens », a-t-elle noté.
Après avoir pris une année de congé pendant la pandémie de la COVID-19, Wilson a été recrutée par l’entraîneur-chef de l’équipe de volleyball féminin de TMU, Dustin Reid. Ce qui lui a permis en quelque sorte de boucler la boucle, elle qui avait assisté à son tout premier match de volleyball universitaire à cet établissement, à l’occasion des championnats nationaux. Quelques années plus tard, son grand-père a été ému d’apprendre qu’elle s’entraînait au Maple Leafs Garden, l’endroit où il avait assisté à un match de la LNH pour la première et seule fois.
« Je n’ai jamais vraiment pensé que j’allais finir l’école secondaire, encore moins jouer dans une équipe de volleyball universitaire féminin, a souligné Wilson. J’ai travaillé vraiment très fort pour ce que j’ai. Je me suis assurée de pouvoir me rendre là où je voulais aller. Je suis fière d’être une athlète, c’est ça mon identité, ça et le fait d’être une femme autochtone ».
Wilson a été la première personne de sa famille à faire des études postsecondaires.
« Ce n’était pas vraiment pour moi, c’était pour offrir un diplôme à ma famille, a-t-elle indiqué. La deuxième raison, c’est clairement parce que je veux montrer aux enfants autochtones qu’ils peuvent aller à l’université ou au collège et y exceller ».
Le temps que Wilson a passé à TMU a fait bien plus que simplement façonner sa carrière au volleyball, c’est là qu’a pris naissance une solidarité entre consœurs. Ce sentiment d’appartenance lui est resté.
« Quand je me suis retrouvée à Keyano, ce que je voulais le plus au monde, c’était d’avoir une équipe comme celle-là », a-t-elle déclaré.
« Je ne me souciais pas tellement de la victoire, je voulais surtout ces deux choses-là, un environnement sûr et de très bonnes amies, des amies pour la vie ».
Alors qu’elle en est maintenant à sa cinquième année, Wilson occupe un rôle de leadership au Keyano College. Elle estime qu’il lui revient de remettre le flambeau à ses plus jeunes coéquipières.
« Le fait de pouvoir transmettre mes connaissances et de parler de toutes ces expériences que j’ai vécues à la plus jeune génération, ou même à des femmes qui sont juste un peu plus jeunes que moi, c’est formidable, a-t-elle dit. Tu n’a pas nécessairement besoin d’occuper un poste d’entraîneure pour aider tes coéquipières ».
L’été dernier, Wilson a agi comme entraîneure-chef de l’équipe masculine U19 maori et de toutes les nations à Edmonton, en Alberta, s’avérant alors l’une des rares femmes, et surtout une des rares femmes autochtones, à diriger une équipe masculine de sport.
« Il y a très, très peu de femmes qui sont entraîneures et entraîneures-chef d’équipes d’hommes ou de garçons, a-t-elle noté. Je me suis souvent remise en question, j’ai dû me ressaisir et me rappeler que je sais ce que je fais, et même si je ne sais pas ce que je fais, je peux me servir de tout ça comme une occasion d’apprentissage ».
Wilson a par ailleurs été choisie pour diriger Équipe Ontario U16 garçons aux Jeux autochtones de l’Amérique du Nord (JAAN).
En dehors du terrain, Wilson est une passionnée de mode, un domaine que lui a très vite fait connaître son arrière-grand-mère, Nana. Wilson affirme qu’elle est présentement en voie de créer sa propre marque de mode.
« Ma marque, ‘Aazhoogan,’ ce qui veut dire ‘pont’, cherche à faire le pont entre la culture, la mode et la facilité d’accès », a-t-elle fait savoir.
Le nom de la marque est dédié à son frère Bridger, ‘bridge’ étant le mot anglais pour pont. Celui-ci a reçu un diagnostic de polymicrogyrie (PMG), une maladie du cerveau rare.
« Je trouve que les personnes handicapées sont souvent exclues de la mode, et les vêtements qui leur sont offerts ne sont pas souvent en vogue. Je veux changer tout ça, a déclaré Wilson. Étant une personne valide, ce que j’ai vécu avec mon frère peut me servir seulement jusqu’à un certain point, alors je trouve que c’est très important que je collabore avec des personnes handicapées et que j’obtienne leur avis sur la mode et leurs différents besoins en matière de vêtements ».
Wilson fait remarquer qu’on ne sait jamais vraiment à quel point on a exercé une influence sur la vie de quelqu’un jusqu’à ce que cette personne te le dise plusieurs jours, semaines ou années plus tard.
« Pour certains athlètes et certaines coéquipières, le rôle que j’ai joué dans leurs vies leur restera pour toujours et inversement, a-t-elle souligné. Plusieurs des athlètes et des personnes dont j’ai fait la connaissance sont passées par l’université, le collège, je les ai connus au moment d’être l’entraîneure de jeunes autochtones. Je suis à jamais reconnaissante à leur endroit ».
Alors que Wilson entreprend la dernière phase de son passage à Keyano, elle met l’accent sur son évolution et espère continuer à développer ses compétences comme entraîneure en suivant les traces de sa mère, tout en aspirant à devenir une Étoile académique canadienne.
À la prochaine génération, les jeunes filles surtout, elle offre ce conseil : « Prenez votre place et dites-le fort… faites-le savoir à tout le monde que vous êtes là ».
